Cratère, scène de chaos : des images effrayantes des dégâts de Starship

Le pas de tir de Starbase, où décollait jeudi 20 avril la plus grosse fusée au monde, est totalement détruit. Mais pas que…

“Ça y est, la route est ouverte”, annonçait sur Twitter le photographe RGV Aerial. Comme lui, ils sont des dizaines, samedi 22 avril, à avoir emprunté la State Highway 4, la voie permettant de relier Brownsville à Boca Chica au Texas.

À quelques centaines de mètres du pas de tir de Starbase, où Starship a décollé le 20 avril dernier, c’est une scène de chaos qu’ils ont découvert. Beaucoup venaient récupérer leur matériel photo laissé çà et là, sur autorisation des équipes de SpaceX. Mais rien n’a survécu.

La poussée de la fusée, la plus puissante et grosse de l’Histoire, a bouleversé le paysage et tout emporté sur son passage. Équipés de leurs longues focales, les photographes en ont profité pour documenter les environs. Tout un ensemble de preuves de ce que les habitants de la petite ville de Port Isabel, situé à 10 kilomètres de Starbase, pouvaient décrire juste après le décollage : pluie de crasse brune, fenêtre brisée, sensation de tremblement de terre… “C’était à un niveau complètement différent”, témoignait vendredi dans les pages du New York Times une habitante.

À Boca Chica, la base spatiale est entièrement détenue par SpaceX, et les missions sont toutes relatives aux essais de Starship, alors que le reste des missions commerciales est effectué à Cap Canaveral en Floride.

Cratère

Monté pour la première fois sur son lanceur Super Heavy, le 24e exemplaire de Starship à l’essai jeudi ne connaissait pas d’équivalent. La fusée était équipée de 33 moteurs pour une poussée de 5000 tonnes, soit deux fois que la plus puissante fusée de la NASA. Il fallait bien ça pour l’arracher du sol, elle et son fuselage de 119 mètres de haut. Mais SpaceX n’a clairement pas respecté le protocole classique. Au coeur de la problématique, la présence d’un profond cratère à la base du pas de tir de Starbase.

Débris

Un moment du décollage et qu’une plaque de béton disposée sous le pas de tir a bel et bien cédé.

Par conséquent de cet immense trou formé, le lancement de Starship a provoqué le souffle de multiples débris, notamment des plaques de béton, projetés à des centaines de mètres de là. La violence de leur impact a été illustrée par les photographes rendus sur place pour récupérer leur matériel.

Nuage

Critiqué par les habitants de Port Isabel à la suite du décollage, le nuage de poussière formé par Starship n’était clairement pas prévu comme tel. “La présence de cette poussière m’indique d’une certaine manière que la modélisation de l’impact était inadéquate, car cela n’a pas vraiment été divulgué comme une hypothèse possible”, expliquait Eric Roesch, un expert en conformité environnementale et en évaluation des risques, dans un article du New York Times publié vendredi 21 avril.

Il ajoutait d’ailleurs qu’une analyse chimique serait nécessaire pour écarter définitivement les craintes de danger ou au contraire alerter sur la toxicité des retombées brunes sur les habitations.

Déformation

“Oh mon…”, s’exprimer le photographe RGV Aerial sur Twitter, en publiant l’une des premières photos prises près du pas de tir de Starbase, à son arrivée sur le site samedi 22 avril. En cause : la déformation des enveloppes extérieures de citernes alors situées à une centaine de mètres de la fusée à son décollage.

Appareils photo

Des dizaines de photographes amateurs et professionnels partageaient également des photos de leur matériel, deux jours après le décollage. SpaceX leur avait donné l’autorisation d’installer leurs trépieds et leurs appareils photo à quelques centaines de mètres de Starship. Les dégâts rappellent plutôt une scène de guerre qu’un décollage de fusée : objectifs brisés, boîtiers fendus, cartes SD éjectées… pratiquement tous ont retrouvé leur matériel cassé, et n’ont pas pu récupérer d’images à cause des dégâts.

“Mon reflex numérique a été arraché du trépied qui est resté planté au sol. J’ai retrouvé l’objectif à 3 mètres. La Carte SD à plus de 4 mètres après avoir été éjectée de son lecteur. Je n’ai aucun espoir pour les caméras à l’intérieur du pas de tir. Aie…”, écrivait sur Twitter Adam Bernstein, un photographe spécialisé dans l’aérospatial, photos à l’appui.

Voiture

Le responsable de la chaîne YouTube LabPadre, qui disposait de multiples caméras en direct pour suivre Starship, expliquait vendredi au New York Times que les projectiles avaient aussi fait des dégâts sur des voitures. Avec les photos à l’appui, on se rend davantage compte de la situation et de son caractère particulièrement effrayant. “Carnage total” écrivait Jack Beyer, un internaute se présentant comme un employé de la chaîne NASASpaceFlight.

Une Dodge Grand Caravan, équipée d’antenne et qui devait très certainement servir de relais pour la diffusion en direct des images, fut totalement détruite. Comme on peut le voir sur la photo, c’est l’arrière du véhicule qui semblait faire face au souffle de la fusée et des débris projetés du pas de tir.

L’explosion de Starship

Enfin, les photographes et vidéastes sur Twitter nous ont permis de voir plus en détail l’explosion de Starship, après 4 minutes de vol. À une altitude de 32 kilomètres, la fusée n’était pas arrivée à séparer son vaisseau de son lanceur Super Heavy, bouleversant sa trajectoire. Une vidéo au ralenti, dans une très bonne résolution, permet d’observer plus en détail les deux explosions successives, qui semblent faire référence aux réservoirs des deux étages de la fusée.

Elon Musk l’avait abordé quelques semaines plus tôt alors qu’il évaluait la probabilité d’un échec de la mission à 50 %. En revanche, ce qui fut bien moins considéré fut les risques d’une explosion bien plus proche du sol. En vue des proportions de la fusée et de la position géographique de Boca Chica, les dégâts auraient pu être considérables pour la faune locale, tout comme les moyens en nettoyage nécessaires pour récupérer tous les morceaux.

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